Premier forum bouddhisme et vie professionnelle – Des pistes, des ressources et une suite

20 octobre 2019 | Les Chroniques de l'Institut, Non classé

Premier forum bouddhisme et vie professionnelle

Croiser les compréhensions et les expériences de chacun, c’est bien cela qui s’est passé durant le premier forum de l’Institut consacré à la vie professionnelle. Oui, mais dans quel but ? Trouver ensemble les ressources pour répondre aux problématiques rencontrées par les participants. Le point de référence étant bien sûr les principes du bouddhisme. Le groupe Dharmanagement a mené ce week-end auquel une trentaine de personnes a activement participé. Dharmanagement ? Un groupe de réflexion lié à Dhagpo Bordeaux qui, depuis cinq ans, rassemble cadres et dirigeants d’entreprises pour revisiter leur activité professionnelle à la lumière des enseignements bouddhistes. Leur perspective est de découvrir de nouvelles clés dans la vie professionnelle.

C’est lama Jigmé Rinpoché qui a donné la matière de notre réflexion. À plusieurs reprises durant le week-end, il est venu répondre aux questions issues de nos échanges. On le sait, Rinpoché ne donne jamais une méthode clé en main, d’ailleurs ce n’est pas ce que nous recherchions. Le propos était de trouver les pistes qui permettent à chacun d’explorer par lui-même une démarche qui amène à mieux prendre soin de soi-même et donc des autres.

Des pistes, des ressources et une suite

La manière d’intégrer le bouddhisme dans la vie professionnelle était néanmoins sans ambiguïté : « L’enseignement du Bouddha nous permet de cultiver un état d’esprit et non de changer un système extérieur. Chaque profession a ses spécificités, ses compétences, ses savoir-faire ; l’idée est de cultiver un état d’esprit nourri par le Dharma et d’agir sur la base de nos connaissances et compétences professionnelles. Il n’y a rien à transformer. L’entraînement consiste à intégrer progressivement la bienveillance, à nous ouvrir à la situation de l’autre et à nous entraîner à ne pas agir à partir des émotions qui s’élèvent ; c’est ce qui nous permet d’aider les autres autant que nous-mêmes. Ce sont des concepts humains de base. La détente et la méditation nous aident alors à appliquer cela dans notre quotidien. »

Sur la méditation, ne nous trompons pas : « La méditation donne des capacités à l’esprit. Mais quand on parle d’espace intérieur, il ne s’agit pas d’être naïf. On a besoin d’être conscient et de regarder ce qui se passe dans l’esprit pour y réfléchir. C’est en réfléchissant à son propre fonctionnement que l’on trouve l’espace. On prend conscience de soi et du comportement des autres, c’est ainsi qu’une compréhension se fait jour et qu’une ouverture peut prendre place. L’espace dont on parle naît d’une compréhension, d’une ouverture à l’autre et aux problèmes qui peuvent en découler. La méditation donne une profonde détente et davantage de clarté. Par cette détente, une capacité fait surface : regarder ses propres émotions. La méditation concourt à cela, mais ce n’est pas la méditation qui est l’espace intérieur. Elle agit comme un support pour cultiver l’ouverture. »

Des pistes, des ressources et une suite

C’est bien sûr l’esprit d’éveil qui fonde l’approche proposée par lama Jigmé Rinpoché. Ce qui en fait la richesse est la dimension pratique et concrète en lien avec la vie professionnelle : « Ne considérons pas l’impermanence comme une notion à utiliser. Il faut la comprendre dans les situations importantes que nous rencontrons. Cette compréhension nous permet d’identifier la genèse de la souffrance dans notre esprit et de dissiper beaucoup de mal-être. C’est une découverte individuelle. Ce n’est pas un rythme à suivre, mais une expérience à éprouver en nous, en situation. »

Quand nous avons abordé les émotions, l’orgueil a évidemment suscité des questionnements. « Une façon de définir l’orgueil est l’identification à nos qualités, dit Rinpoché. Il y a l’orgueil général qui habite toute personne, quelle que soit sa situation. Mais il y a également l’orgueil lié à l’expérience, la position, l’éducation, c’est l’identification à la connaissance que l’on a acquise. Cet orgueil nous permet de travailler avec notre connaissance, il donne le pouvoir de mener les choses à bien. Mais comme il y a une profonde identification à nous-mêmes, cela influence la communication avec les autres. Si nous ne comprenons pas bien ce qu’est l’orgueil et son fonctionnement, nous courons le risque de prendre une mauvaise direction, de faire des erreurs. »

Des pistes, des ressources et une suite

Et les attentes, en avons-nous besoin ou pas ? « C’est à nous de le définir. Pour de multiples raisons, il y a des attentes qui sont nécessaires. Il faut réfléchir et identifier les obstacles que génèrent ces attentes. Certaines attentes par contre sont inutiles. À cause d’elles, tout prend de l’importance et nous nous y accrochons. Une fois que les justes attentes sont identifiées, elles sont la base sur laquelle nous agissons, pour cela il nous faut des qualités, une force émotionnelle, etc. Notre démarche consiste à définir les concepts que nous allons suivre et sur lesquels nous nous engageons. »

Premier forum bouddhisme et vie professionnelle

Voilà donc quelques reflets de nos échanges. Notre crainte était d’en rester là : un forum de plus et puis s’en va ! Mais Rinpoché a conclu en ouvrant : « Je suis heureux que vous ayez pu vous réunir. C’est un bon départ, d’échanges idées et d’expériences. Vous pourrez voir en situation si une telle démarche donne des résultats. Ce sera comme une preuve personnelle sur laquelle chacun pourra bâtir son chemin et être bénéfique aux autres. » C’est bien cela, ce n’est qu’un point de départ puisque rendez-vous a été pris pour un deuxième forum l’année prochaine. Par ailleurs, la demande a été faite qu’occasionnellement des week-ends de rencontre « bouddhisme et vie pro » soient organisés à Dhagpo pour approfondir les échanges. En effet, outre les apports de lama Jigmé Rinpoché, il est apparu que le simple fait d’échanger expériences et questionnements autour d’un thème commun, avec le bouddhisme comme éclairage, était en soi une ressource.

Puntso, responsable du programme de Dhagpo